[Media report] A Canton, «même les Chinois se sont mis à parler lingala et bambara»

Par Alix Norman, envoyée spéciale à Canton – Liberation.fr

L’eldorado chinois a laissé place à la désillusion pour les Africains expatriés, confrontés au racisme et à un climat économique difficile.

Screen Shot 2016-08-19 at 12.24.14 pm

A Canton, «même les Chinois se sont mis à parler lingala et bambara»

Torse nu, les muscles saillants, deux jeunes Chinois lancent de lourds ballots de chaussettes et de tee-shirts, comprimés à la presse. Sous le plafond de cet immense entrepôt de Canton, un semi-remorque attend, conteneur ouvert. Dehors, sous un soleil de plomb, une vendeuse de fruits fait résonner la sonnette de son triporteur, en vain. «Avant, la cour était remplie de conteneurs prêts à partir», soupire Moustapha Dieng, le patron. Sous-officier dans l’armée de l’air sénégalaise, il a tout lâché au début des années 2000 pour tenter l’aventure en Asie. Il fait de l’export de vêtements à Bangkok quand, en 2003, il entend parler de la Chine.«Au début, je prenais le bus au hasard, j’allais voir des usines de jeans, de chaussures. Les prix étaient tellement bas ! La qualité était très mauvaise, j’ai fait venir des échantillons de Thaïlande pour l’améliorer. J’ai fermé Bangkok, mes clients m’ont suivi. C’était l’eldorado.» Un business porté par la multiplication par vingt des échanges commerciaux bilatéraux entre l’Afrique et la Chine depuis 2000, atteignant 220 milliards de dollars en 2015.

Dieng apprend le chinois, fait venir sa famille, embauche, étend ses activités aux matériaux de construction et aux meubles. «Jusqu’en 2014, j’envoyais environ 180 conteneurs par mois en Afrique. Maintenant, c’est 120, 100, parfois moins. Le loyer de l’entrepôt a doublé en dix ans, les taxes augmentent. Quand je suis arrivé, les ouvriers chinois étaient payés 100 ou 150 euros, aujourd’hui c’est 400 minimum.» Un acquis social qui n’arrange pas ses affaires. Il se réoriente peu à peu dans le transport maritime, sa famille rentre à Dakar : «Ça devenait difficile de payer l’école française pour les quatre enfants, plus de 10 000 euros par an chacun.» Son employée chinoise, qui avait appris le wolof, est partie avec le fichier clients pour monter sa propre affaire. «Le Sénégal construit des zones industrielles pour attirer les Chinois et privilégier les circuits courts. Si on ne s’adapte pas, c’est fini pour nous ici», analyse l’entrepreneur de 54 ans.

«Chocolate City»

Il aurait pu louer des bureaux plus chics, mais il a préféré rester dans le quartier de Xiaobei. «Chocolate City», comme l’appellent sans vergogne les Cantonais, est un monde à part, quelques rues quadrillées de passerelles pour piétons et de ponts autoroutiers. Des fillettes métisses, yeux bridés et tresses multicolores, tiennent la main à leur mère en talons aiguilles, des gamins maliens s’apostrophent en cantonais. L’enseigne d’un restaurant clignote en français : «Notre restaurant musulman se félicite de votre venue.» Le patron est pakistanais, les clients arabes, africains. Un Kurde irakien commande en turc les pains ronds odorants qui sortent du four à bois d’un boulanger ouïghour, minorité musulmane de l’ouest de la Chine. Sur les étals, le manioc côtoie les fruits du dragon.

Au McDo, deux Allemandes chargées de paquets mangent une glace. D’origine congolaise, elles importent des accessoires pour les coiffeurs afro de Cologne. «Tout le commerce vers l’Afrique part du Guangdong [la province de Canton, ndlr]. Même les Chinois se sont mis à parler lingala et bambara. Mais tout est devenu plus cher, on nous fait des problèmes pour les visas alors qu’on vient avec du cash, beaucoup de cash. Ce matin, une Angolaise se plaignait de n’avoir amené “que” 24 000 dollars, au lieu de 100 000 habituellement, à cause de la crise là-bas, causée par la chute du prix du pétrole.» Comme beaucoup d’autres, elles pensent prospecter au Bangladesh, où les salaires sont réputés quatre fois moins élevés, au Vietnam, voire en Turquie : «C’est plus cher mais on est mieux traités.» D’autres s’installent dans des provinces chinoises plus reculées, où les salaires n’ont pas encore augmenté. «Ici, quand tu fais fabriquer une ligne de vêtements d’après un modèle commandé à un créateur africain, renchérit une femme d’affaires à la table voisine, tu as à peine tourné le dos que le patron de l’usine en fabrique 5 000 pour son propre compte et inonde le marché.» A Xiaobei, les magasins de boubous sont désormais tenus par des Chinois.

«La police fait des descentes»

Immigration visible, le nombre d’Africains à Canton est sujet à toutes les élucubrations, la presse locale n’hésitant pas à les estimer à 300 000, additionnant allégrement toutes les entrées et sorties du territoire annuelles. Au moment de l’épidémie d’Ebola de 2014, la municipalité avait recensé 16 000 Africains, dont 4 000 résidents longue durée. Mais le racisme a la vie dure, alimenté par les préjugés et les activités d’une petite minorité vivotant de trafic de drogue et de prostitution, une fois le visa d’étudiant ou de tourisme épuisé. «Quand un Africain entre dans un ascenseur, les gens se bouchent le nez. Une fois, on n’a pas voulu me louer un appartement», raconte Moustapha Dieng.

Au premier étage d’une galerie marchande, des Africains discutent politique internationale autour d’un mafé poisson. Les plats, «préparés à la maison», sont servis par l’employée chinoise d’un beauty parlour,aidée par un jeune Guinéen rigolard. Les uns vivent là, les autres font des allers-retours. Tous sautent d’une langue à l’autre, chinois, français, anglais, langues africaines, et se retrouvent le samedi soir dans les «maquis», ces restaurants typiquement africains, où il y a toujours une fête nationale à arroser jusqu’à l’aube. Et tous déplorent «le business devenu difficile».

Dans les trois étages du Elephant Mall, la plupart des boutiques sont abandonnées. Une coiffeuse se désole : «Je fais des allers-retours depuis cinq ans. Mais c’est la dernière fois. On est trop maltraités, surveillés par la police, et méprisés.» Chacun semble avoir une mésaventure à raconter : corruption, conteneur bloqué au port, ordinateurs saisis, livreurs noirs harcelés… «C’est devenu compliqué d’obtenir les visas,explique Isidore, jeune secrétaire de l’association des Congolais et exportateur de matériel informatique. Les loyers montent, les tracasseries aussi. Je n’ai plus le droit d’héberger mes clients, ils doivent aller à l’hôtel, et la police fait des descentes pour vérifier. Avant, on était 2 000 Congolais, on n’est plus que 452.» De l’autre côté du boulevard trône la tour Tianxiu, gratte-ciel rose et décrépit. Showrooms, appartements, restaurants clandestins – parfois tout à la fois – s’y superposent. Un pasteur salue ses ouailles dans l’ascenseur. L’un d’eux, Felly Mwamba, a installé ses bureaux au 26e étage. Solide gaillard, une croix en bois sur son tee-shirt noir, il parle à toute vitesse en cantonais sur ses deux téléphones entre ses rendez-vous. «L’intégration est un combat. Ce n’est pas dirigé contre nous, c’est dans l’idéologie de la Chine de défendre ses intérêts. Les gouvernements africains devraient faire pareil. Je suis là depuis douze ans, je paye un loyer, des impôts, un comptable. Et on ne me propose rien, ni crédit à la banque, ni nationalité, ni permis de travail permanent. Même me marier avec une Chinoise est un problème.» Seuls 400 couples mixtes se seraient mariés depuis vingt ans.

«Concurrence déloyale»

Le Malien Thiam Younous, logisticien arrivé en 2002, ne décolère pas.«Au début, on était les bienvenus. Rien n’existait, on a été à la base du développement des échanges commerciaux avec l’Afrique. J’ai organisé la structure d’exportation, travaillé dur, créé des emplois. Depuis la réforme du travail en 2008, on affronte une concurrence déloyale. Quand j’achète en France, mon fournisseur me soutient. Ici, il me double.» Adams Bodomo, chercheur à l’université de Vienne sur la diaspora africaine, relativise : «Qu’ils se plaignent de la manière dont les traite la police de Canton, je comprends, j’ai été moi-même maltraité une fois. Mais ceux qui pleurent sur la compétition chinoise devraient plutôt réorienter leur stratégie.»

De nouveaux Africains arrivent, alléchés par les promesses d’intermédiaires véreux, mais faute de petits boulots, seuls les plus débrouillards réussissent. Roberto Castillo, professeur au département des études africaines de l’Université de Hongkong, confirme : «On est dans une phase de transformation. La stricte politique d’immigration affecte tous les étrangers, pas seulement les Africains. Les meilleures années semblent passées, mais il y a encore beaucoup d’opportunités. La plus ancienne génération de Nigérians est encore en ville, et au taquet sur les affaires. L’histoire est loin d’être finie.» En témoigne le sac à dos d’un changeur chinois clandestin, plein à craquer de grosses coupures en euros et en dollars, comme aux plus beaux jours.

[Opinion] Of washing powder, Afrophobia and racism in China

From The Conversation Africa 

By Roberto Castillo

Is Afrophobia really on the rise in China?

Roughly two months have passed since the Qiaobi detergent advertisement went viral. The advert, in which a Chinese woman shoves a black man into a washing machine only for him to emerge as a shiny, clean, Asian man, prompted Western media to call it “the most racist ad ever”. At the height of the controversy, commentators from all over the world quarrelled endlessly over whether or not the advert was evidence of China being a racist society. Eventually, the Chinese government intervened and the company behind the offensive advert issued an apology.

Across my social and academic networks, the ad caused a major storm. Everyone from traders to academics and advertisers weighed in. With tensions running high, African traders in Guangzhou were quick to point out that Chinese ignorance in race-related matters was probably behind the advert.

Academics debated the need to “contextualise” racism and racial prejudice in China. They also highlighted how international media tend to portray China and the Chinese in a negative light (especially in the context of Sino-African relations). At the same time, advertisers pointed out that adverts like the Qiaobi one are influenced by the long history of racist advertising in the West. They also explained that the advert showed how Chinese advertisers were unaware that their adverts could have a global reach.

Racialism and a rising China

Despite the fact that “race” as a biological category was discredited long ago, racial thinking or “racialism” is still common in China. Racialism is the belief that humans are naturally divided into biological categories called “races”. Sometimes, the term racialism is used interchangeably with “racism” to mean a race-based way of thinking through human differences.

Contemporary racial thinking in China is informed by historical ways of imagining “otherness”. These ways centre around differences such as skin colour, class and “ethnicity”. Contact with 19th-century European colonialism and racial theories was also influential. More recently, the “rise of China” within the context of global consumerist societies has stirred up ethno-nationalist sentiments that affect how Chinese people think about “race”.

In China, like other places, racial thinking is often accompanied by stereotypes and prejudices. Dark skin, for instance, is often seen negatively. This is something many of us foreigners have to live with in China.

Within this context, the Qiaobi advert was seen by some as proof that there’s racism in China, and as evidence that “Afrophobia” was on the rise. Those who “see” Afrophobia are quick to point to Chinese hiring practices, which prefer white foreigners to black ones.

Any non-white foreigner living in China knows that these practices do not only discriminate against black people. They extend to other dark-skinned people. So, while deplorable, it’s not exactly Afrophobia.

Despite little concrete evidence supporting claims of Afrophobia or “Anti-African” campaigns, these claims are often picked up by Western media. Some journalists seem all too ready to cast China and the Chinese as “racist” and Africans as the poor victims with no agency. This pattern is replicated in coverage of China as a “neo-colonial” power in Africa.

To equate Chinese rac(ial)ism with racism in the West is intellectually and historically dishonest. Rac(ial)ism and racial prejudice in China are still far from producing the exploitation, oppression, discrimination and murder that racist worldviews continue to produce in the West.

In short, while there are deep-seated forms of rac(ial)ism in China, the rise of “Afrophobia” is difficult to prove. The issue is much more complex than that.

‘Race’ and racism in global media

In most of the articles and comments following the offensive Chinese advert, people from all over the world used the terms racism, stereotypes and racial prejudice interchangeably. It quickly became clear to me that we haven’t figured out how to talk about “race” and racism in globally inclusive ways.

The conversation is usually dominated by the American ways of talking about “race” and racism. Needless to say, using the black/white binary paradigm of race as a measuring stick for racial issues in global and non-Western settings is problematic. If the many “racist” comments I’ve heard from African men about their Chinese counterparts is any guide, the problems highlighted by the Qiaobi advert are far more complex than what the American binary suggests.

Figuring out who’s the racist, or if this or that is racist, or if the Chinese are racist, is a waste of time. Rather than being black or white, it’s a complex matrix of practices that reproduce global systems of exploitation and oppression. Despite our skin colour, gender, sexual orientation, “race”, nationality or faith, we are all, to different degrees, participants in these systems.

White supremacy the Chinese way?

As pointed out early on during the Qiaobi controversy, the advert is a revamped iteration of old Western racist tropes. To understand why such iterations emerge in China – and elsewhere in Asia – it’s important to look at how contemporary global media imaginations are influenced by long-standing racial theories and ideas. Enter white supremacy.

As I write this piece, a tram covered in advertising stops in front of me on Shipyard Lane in Quarry Bay, Hong Kong. In the advert, a young, handsome, white guy in a suit is levitating in front of a building. The Chinese words next to him are about leadership and success.

On the next tram a blonde woman wearing a Swarovski ring is being admired by a young white man. Any survey of street advertising in this, or any other big Asian city, will show that white bodies are pervasively used as the markers of success, power, beauty and romance.

It is hardly news that global media are deeply shaped by a racial hierarchy that frames whiteness as a superior state of being. What I find fascinating is how these racially informed imaginations are negotiated by people in China when they imagine themselves and the world they live in.

These negotiations have to be factored in against the backdrop of the “rise of China” – a rise that has led many to believe that the country will take up the reins of the global capitalist system.

I believe that there are few indications that China would be willing (or able) to transform the (old imperial, capitalist, white supremacist and patriarchal) structures and practices that inform contemporary capitalism and that are, ultimately, behind the Qiaobi detergent advert.

For me, these reflections were the main takeaways amid the uproar that followed the advert controversy.

 

[Film] Nollywood’s dream of Asia: ‘Malaysian Money’

A great representation of what happens in the stories of many West Africans before they make it to Asia. Although this film is about travelling to Malaysia, the family situation is very similar before coming to China. Enjoy!

[Music] The blessing of a rising Nigerian star in China

Nigerian celebrations, spectacle and tradition in Guangzhou, China. June 2016.

SANTY’s new release: Grace ‘Amara’

[Music] Nigerian-Chinese ‘cross cultural’ uniqueness: Chykii’s ‘Na God’ Ft Karen and Spy-Uc

It’s very simple. Sino-African encounters go way beyond economistic narratives of trade, commerce and ‘immigration’. Blame your social sciences training and your area study mentality and then, only then, enjoy this music.😉. BTW, in case you didn’t know, Nigerian tunes are the tunes of the future. #NigerianFuturisms

Au revoir Canton: Are Africans pursuing their ‘China Dream’ in other Chinese cities?

As the global media apparatus is full on building a narrative of ‘Africans leaving China’, it’s important to keep in mind that besides Guangzhou there are other cities like Yiwu and Wuhan with significant African populations. 

Global Times: As Guangzhou African community shrinks, other Chinese cities see growing numbers

Yiwu, home to the world’s biggest wholesale market, is also becoming a hub for China-Africa trade as its African community thrives. Many African traders regard Yiwu as their second home, as they are given opportunities to participate in the city’s affairs, enjoy a high level of religious freedom, and are treated with respect by law enforcement officers.

Screen Shot 2016-08-10 at 11.20.15 am

Senegalese businessman Sourakhata Tirera sits in his office in Yiwu. Photo: Zhang Yu/GT

 

Sitting in his office in Yiwu, East China’s Zhejiang Province, Sourakhata Tirera, a Senegalese businessman, shifts easily between Chinese, French and his mother tongue Soninke to answer phone calls from his suppliers, partners and employees.

A successful businessman who has lived in the city since 2007, Tirera, known by locals as his Chinese name “Sula,” is now a proud representative of the thriving African community in Yiwu.

The local government put up a poster with his face on it in the train station and on billboards alongside the city’s main road, as a way to laud his entrepreneurial spirit but also to showcase the city’s embrace of foreign traders.

While Guangzhou was the first Chinese city to receive large numbers of African traders and still boasts the country’s biggest African community, experts say it is increasingly losing its leading position to Yiwu, which is becoming China’s model international and multicultural trade city.

While recent reports show that the number of Africans in Guangzhou is gradually shrinking, Yiwu’s African population is on the rise. “When [Africans] leave Guangzhou, some leave China but some go to other places in China, like Yiwu. Those that leave Guangzhou leave because, among other things, they want to find better opportunities in other parts of China and elsewhere,” Adams Bodomo, Professor of African Studies at the University of Vienna and author of 2012 book Africans in China, told the Global Times.

The exact number of Africans living in Yiwu, which sits in the manufacturing hub of East China’s Zhejiang Province, is hard to come by. Local authorities estimate that about 80,000 African traders visit Yiwu each year, in addition to about 3,000 traders from over 50 African countries who have settled in the city of some 1.2 million. But experts say the number of Africans living in the city may be as high as 30,000.

Yiwu is also playing a growing role in China-Africa trade. In 2015, Yiwu exported 48.21 billion yuan ($7.24 billion) of commodities to Africa, a 50.9 percent year-on-year increase.

Walking on Yiwu’s streets, it’s impossible to miss the African presence. In Yiwu International Trade City, Moroccan women wearing headscarves and robes bargain with local shop owners through the medium of calculators and broken English. Nigerian traders gather outside logistics companies as they pack bags of underwear into cartons which are about to be shipped. At night, businessmen from North Africa relax in the city’s many halal restaurants, as they smoke hookah pipes after a day’s work. And on Friday, the area near the mosque by the Yiwu river, one of the largest mosques in China, buzzes with Chinese Muslims and traders from North Africa and the Middle East, who flock to the mosque to pray. [KEEP READING HERE]